Programme d’appui à la société civile au Maroc


Moucharaka Mouwatina

10 jeunes acteurs associatifs issus de quartiers populaires à Casablanca poursuivent des formations intensives pour mieux participer à la gestion des affaires locales. Cinq d’entre eux ont partagé avec nous leurs histoires inspirantes et aspirations futures.

 

Dans le cadre du projet “Pour une inclusion innovante des jeunes” porté par l’association Relais Prison-Société et financé par l’Union européenne, plusieurs séances de formation en ligne sont organisées à l’attention de 10 bénéficiaires depuis le mois de mai . Jusqu’à présent ces formations ont couvert plusieurs thématiques: les mécanismes de participation citoyenne, les techniques et outils de communication, la création de sites web et enfin les techniques de production et de montage vidéo. 

 

“Les jeunes ne désertent pas le champ de l’action politique, mais boudent les formes classiques de participation politique”, c’est le constat qu’affirme Youssef Madad, directeur administratif de l’association Relais Prison-Société. Des propos renforcés par les témoignages des cinq jeunes bénéficiaires avec lesquels nous nous sommes entretenus.

“Je n’ai aucun problème avec la politique, le vrai problème est avec certains agents de l’autorité qui nous prennent de haut” s’agace Radid. Ce jeune homme a déjà purgé plusieurs courtes peines pour des délits mineurs, tous liés à son comportement face aux autorités. Depuis, il a choisi d’exprimer sa colère en réalisant des courts métrages qui traitent de sujets poignants. L’un de ses films décrit le comportement hautain avec lequel certains représentants des forces de l’ordre traitent les habitants des quartiers populaires- comme le sien, Hay Mohammadi- comme des “sous citoyens” selon lui.

L’impuissance face à  la réalité de leurs quartiers

est le leitmotiv de l’ensemble de ces jeunes bénéficiaires.

“Je passe devant l’école de mon quartier à Harraouiyine tous les jours et je vois les enfants de mon voisinage galérer à accéder à l’établissement. C’est pire en hiver. L’eau atteint un niveau important et les enfants glissent, se salissent et se blessent. L’éducation de ces jeunes ne devrait pas dépendre de la bienveillance météorologique. Pour l’association de quartier, liée à un parti politique à laquelle j’appartenais, l’acte social dépendait de l’intérêt politique. J’ai donc quitté cette association pour une autre avec des jeunes de quartier. Mais avant cette formation, on manquait d’outils, de connaissance pour faire entendre nos actions”, nous raconte Aziz.

Cette frustration est également partagée par Soukaina, qui a vécue une  réalité révoltante à travers son service dans l’association Joud. Elle a assisté à de nombreuses scènes de femmes victimes de violence à qui la loi n’a pas rendue justice.  Et pour cause une perception d’un système judiciaire qui se solidarise sur une base machiste et qui ne protège pas suffisamment les femmes victimes de violence. Ces scènes ont profondément marqué Soukaina qui souhaite, à travers cette formation, renforcer le cadre judiciaire des lois pour protéger les femmes. Pour cette jeune femme:  “Le pouvoir vient avec le savoir et non pas l’ignorance”.

Rafik quant à lui, ambitionne de trouver un travail à l’issue de cette formation. Initialement, il devait suivre des formations en jardinage dans un centre de formation partenaire de l’association Relais prison-société. Rafik a profité en premier lieu d’un accompagnement judiciaire qui lui a permis d’assurer sa réhabilitation et supprimer son casier judiciaire. “Le seul rapport que j’avais avec la politique se limitait au billet de 100 dhs que je gagnais après avoir passé une journée à distribuer des flyers pendant les élections. Aujourd’hui à travers cette formation, je me vois participer dans les affaires locales. Je suis bien au courant que je dois d’abord lutter contre mes propres démons mais j’y crois” nous confie t-il. La question que nous a posé Rafik durant cet entretien est :“Comment pourrais-je me présenter autant que donneur de leçons et faire du plaidoyer avec un passé comme le mien ?” Un des bénéficiaires a rétorqué que personne n’est  parfait; la preuve étant le nombre de scandales liés au domaine politique.

Azzedine, lui fait face à un stress existentiel: “Que va-t-il rester de moi le jour où je n’existerais plus ?  Je souhaite laisser une empreinte dans le monde. Je veux être Youtubeur et poursuivre une carrière.  Je veux participer à la fin de cette formation à l’initiative de Youtube: Youtube creators for change.  Personne ne représente le Maroc à cette date et ce serait un honneur de pouvoir le faire avec du contenu de qualité ” se motive Azzedine. En parallèle à ces séances de formations, il poursuit des formations en ligne sur la création de décors, la conception musicale et le montage. Il dévore par ailleurs tout ce qu’offre le net sur l’utilisation de Youtube et le community management de chaînes Youtube.

Même en ayant des profils et des expériences différentes, l’ambition de ces jeunes pour le changement positif et la participation citoyenne effective les unit. Ils travaillent ainsi en synergie et s’entraident pour réaliser leurs devoirs post-formation sur WhatsApp. Ils envisagent même de réaliser des projets en commun. 

 

Pour faciliter cette dynamique, l’association Relais prison-société a transformé une de ses salles en studio ouvert aux personnes à la recherche d’une deuxième chance ou qui veulent faire entendre leurs voix. Youssef Madad, le directeur administratif de l’association, espère par ailleurs que ces bénéficiaires reproduiront ces formations au sein de leurs associations respectives pour certains ou auprès de leur entourage pour d’autres afin de multiplier l’effet de cette incubation.